- 2021 -



L'INTIME EN PARTAGE

Christine Delory-Momberger & Valentin Bardawil

LES SAMEDIS 30 JANVIER ET 6 FÉVRIER 2021,
15h00 - 18h00

Premier atelier photographique développé par Photo Doc, L’Intime en Partage est une initiation au pouvoir de l’intime du photographe. Il a réuni sur deux après-midi 4 participants en présentiel. Le cinquième a travaillé en zoom avec les deux organisateurs.

PRÉSENTATION DE L’ATELIER

En s’appuyant sur la réalisation d’un sujet personnel, les participants ont exploré comment le mettre en lien avec une démarche photographique s’inscrivant dans l’intime, entendu comme un processus social qui participe à la construction des identités. L’intime n’est pas à confondre avec l’intimité, c’est une notion hautement politique, un vecteur de connaissance, d’altérité et de transformation de soi et du monde.
Il s’est agi, au cours de cet atelier, d’identifier le thème majeur qui sous-tend le travail du photographe et de le relier à une histoire personnelle et / ou collective.

Chacun des participants a trouvé dans un accompagnement photographique le mouvement interne de ses images et, par un processus d’en-quête, a été accompagné pour mettre des mots sur son histoire, lui ouvrant des voies de compréhension.

C’est après avoir lu l’ébauche d’un texte écrit par les photographes après leur première journée, que Charlotte Flossaut est intervenue lors de la deuxième séance pour les accompagner dans un nouveau choix restreint (5 photographies) plus en phase avec leur histoire personnelle.

Les textes qui suivent sont un extrait ou une courte synthèse des récits écrits par chacun des participants pendant l’atelier.


LE RENDU

Alexis Vettoretti
Hôtel de la dernière chance
www.alexisvettoretti.com

Mon projet photographique est d’aller vers ces hommes seuls qui résident à demeure en hôtel social. Pourquoi est-ce que je m'intéresse à cette population en particulier ? Pourquoi suis-je «attiré» par elle ? Je dirais que d’une certaine manière, il s’agit avant tout d’exorciser mes peurs. Les gens que je «prends en photo» sont souvent dans la «zone grise». Une zone boueuse, dont il est difficile de sortir quand on y met le pied. La boue s’accroche aux chaussures et laisse des traces. Pour ces hommes dans l’hôtel, par exemple, elle empêche d’agir, pire de réagir. Et puis pourquoi réagir ? Ces hommes dans l’hôtel pensent avoir finalement de la chance de pouvoir regarder le monde extérieur à travers leur fenêtre. Et moi j’ai aussi la chance de le faire à travers mon appareil photo. Ces gens me font peur. Je crains de me retrouver dans cette chambre, à leur place, d’être leur voisin. J'exorcise cette peur sans eau bénite, avec un appareil photo à la place du crucifix.



Roseline Bigi
Petits instants essentiels
www.roselinebigi.com

Je me suis mise en quête dans mon corpus d’images personnelles de ces précieux petits instants essentiels, ces infimes fragments de temps forts qu’on aimerait voir perdurer comme une tentative de reconstitution d’un puzzle dont les pièces à assembler conjugueraient temps passé, présent et pourquoi pas à venir.
J’ai navigué le long des rives de ma mémoire. J‘ai franchi des écluses comme autant d’étapes en descendant la Seine pour remonter, pas à pas vers mes origines maritimes et havraises. J’ai perdu mon chemin dans d’obscures forêts vosgiennes. J’ai suivi le fil de mes souvenirs et j’ai retrouvé le geste initiateur paternel qui a orienté ma quête photographique. Je suis allée à la rencontre du Havre, ma ville natale reconstruite, véritable déclencheur de mon processus créatif basé sur la déconstruction-reconstruction. J’ai désiré exhumer des fragments d’un temps passé en menant une enquête à la fois documentaire et narrative pour construire un nouveau récit. 

Je vous invite à m’emboiter le pas dans les interstices de la mémoire où se révèlent la présence des absents à travers leurs traces et à cheminer ensemble dans les méandres de notre intime individuel et collectif.




Nadia Bijarch
From the block
www.nadia-photography.com

« Tu entends avec les yeux » m’a-t-on dit un jour. Cette phrase si singulière résonne aujourd'hui en moi comme une évidence. Entendre avec les yeux. Entendre ces territoires que l'on met sous silence. Entendre ces âmes que l’on évite de croiser. Entendre ces détails que l'on refuse de regarder. Entendre cette réalité que l’on essaie vainement de cacher. À chaque fois que j'appuie sur le déclencheur, j'entends ce doux murmure. Celui qui me rappelle que je suis à ma place. J'entends que ce monde m'appartient. J'entends que je lui appartiens. J'entends l'espoir d'un lendemain. « From the block ». Des fragments qui ne font qu’un. Une histoire suspendue, infinie, universelle. Une ode urbaine. Impossible à étouffer. Entendre avec les yeux. Aimer avec les yeux. Vivre avec les yeux. Peu importe l’écho.




Françoise Lambert
Monsieur H & Souvenir du futur
www.francoise-lambert.com

Monsieur H., pensais-je, était né l’été dernier d’une photographie de mon compagnon vu de dos, portant un chapeau de paille. Certes, celle-ci signe l’entrée en scène du personnage de ma série éponyme, en cours. Mais n’était-il pas dans les limbes depuis des temps plus anciens ?

Alors je me souviens. Petite fille, je joue à faire des photographies imaginaires de mon frère déguisé, avec un vieux Kinax à soufflets que mes parents ont délaissé pour une caméra 8. Cette réminiscence déclenche un autre souvenir. Je n’ai pas encore rencontré Alice, mais j’ai trouvé deux jeux : le premier consiste à « marcher au plafond », à arpenter un nouveau monde qui prend forme via un petit miroir tenu entre mes mains et dirigé vers le haut. Dans le second jeu — je saurai beaucoup plus tard que les surréalistes le pratiquaient et qu’ils l’ont filmé — je convoque mon frère et une armoire à glace découverte chez mes grands-parents paternels. Il s’agit, chacun de nous placé respectivement de chaque côté du miroir et regardant l’autre, une moitié du corps cachée par le meuble, de lever la jambe et le bras opposés — ceux qui se reflètent dans la glace — pour donner l’illusion réciproque d’une danse en lévitation.

Du lointain territoire de mon enfance venaient ainsi de m’apparaître, des liens étonnants entre le cinéma mental de mon regard d’alors et les photographies de la série « Monsieur H ».

Dans « Souvenirs du futur », une série inédite, figure une photographie de ma mère et de son compagnon attablé, un instantané qui présente les attributs d’une mise en scène. J’avais vu le tableau placé au-dessus de la tête de l’homme féru de peinture et le miroir surplombant ma mère. C’est alors que — petit miracle de la photographie — les regards des protagonistes se mettent parfaitement en place au moment où je déclenche : celui de ma mère vers le bas, rivé sur son téléphone portable, et celui de son compagnon, rêveur, vers le plafond. Bien que cette photographie soit le fruit du hasard (mais l’est-elle vraiment ?), elle fait écho au petit théâtre miniature où je mets actuellement en scène mon compagnon. Et par ricochet à l’imaginaire de mon enfance et à ses jeux de miroirs.




Frédéric Martin
L’ absente
www.fmartin.art
Plus tard, quand la série sera assez complète, je prendrai conscience que je n’ai pas travaillé sur Sandrine, mais sur moi, parce que je n’avais pas légitimité à parler de sa maladie. J’ai évoqué ce que j’ai vécu intimement de sa souffrance, de ses débats. L’amour que je lui porte. Et notre relation. C’est même plus sûrement ce que j’évoque. Ce n’est pas à proprement parler une catharsis, parce que la souffrance ne disparaît pas, parce que je ne me suis pas senti «expurgé» une fois la série achevée. C’est plutôt une mise à distance, une forme de «protection» que m’offre l’appareil. Comme s’il permettait de mettre un écran entre la violence de la réalité et ma propre souffrance liée à celle-ci. C’est aussi, je constate en écrivant ce texte, quelque chose de très intime où je nous «livre» dans notre union. Bien que très pudique dans l’évocation des sentiments, je me rends compte que malgré tout j’ai eu ce besoin de «montrer» ce que nous fûmes. Je crois que c’est, peut-être, ainsi que naît ma position d’enquêteur. J’observe tout à la fois Sandrine (en tant qu’objet), mais une part de moi devient tout autant objet de mes photographies. Simplement, je n’en ai ni la conscience, ni les mots pour le dire. Et le sujet (moi) prend des photos.





- 2020 -



UN MODULE PHOTO DOCUMENTAIRE
avec IESA Paris



Modules de 42h associant exploration théorique et projet workshop

Intervenants : Charlotte Flossaut et Thomas Gizolme


L’objectif des cours est d’accompagner les étudiants à concevoir, réaliser et produire une exposition de photographies documentaires selon plusieurs étapes, du sujet à l’accrochage en intégrant la communication. L’aboutissement sera livré en situation réelle, à la Photo Doc. foire en avril 2020.



Pour une Photographie qui prend part à la transformation du monde.

Préambule

Les étudiants seront à la fois familiarisés avec l’univers de la photographie documentaire, en résonnance avec les nouveaux codes du champ de l’art contemporain, et impliqués dans la conception d’un projet destiné à être exposé dans un contexte marchand.
Historiques et relations avec l’art contemporain seront proposés par Thomas Gizolme.
Analyse éditoriale et choix artistiques seront explorés avec Charlotte Flossaut.


        Choix du sujet et pré-production
Définition d’une problématique cohérente afin de circonscrire une thématique d’engagement documentaire.
Pertinence et perspective du sujet seront analysés.
Appréhender les étapes de travail nécessaires à la production d’une exposition et organiser le rétro-planning du projet.


        Production - Exposition
Les étudiants seront ensuite confrontés à la réalité des différentes étapes de production de leur exposition : prise de contact avec les photographes et/ou différents intervenants (anthropologues, chercheurs, curators, écrivains, etc…), choix des photographies exposées, type de tirages, encadrement, réflexion scénique et scénographie, accrochage, communication, transport des oeuvres, ventes et relations collectionneurs.

        Projet finalisé





- 2019 -




UN MODULE PHOTO DOCUMENTAIRE
avec IESA Paris



Modules de 13h de cours pour 32 élèves répartis en 6 groupes.
3 workshops facultatifs (à placer en weekend)
Intervenants : Thomas Gizolme, Charlotte Flossaut, Caroline Benichou


L’objectif des cours est d’accompagner les étudiants à concevoir, réaliser et produire une exposition de photographies documentaires selon plusieurs étapes, du sujet à l’accrochage en intégrant la communication. L’aboutissement sera livré en situation réelle, à la Photo Doc. Galerie en septembre 2019.



Liste des photographes étudiés

Arnaud Theval

Invisibles
(2007-2013)
Résidence quartier nord de Nantes
www.arnaudtheval.com/sous-loeil-des-attendus/invisibles

Moi le groupe
(2005-2013)
www.arnaudtheval.com/lecole-debordee-par-ses-eleves-memes/moi-le-groupe

La cage aux oiseaux
(2018- en cours)
Résidence au centre photographique de Marseille


Michel Slomka - https://www.michelslomka.fr/
Zoom sur le projet Naissance des fantômes.
Le 3 août 2014, après s’être emparé de Mossoul (Irak) et y avoir proclamé l’instauration du califat, l’organisation Etat islamique (EI) se tourne vers les monts Sinjar, une chaîne de montagne de faible altitude habitée depuis des siècles par la minorité religieuse des Yézidis.

Andrea Mantovani - https://mantovaniandrea.com/
Proposition pour la série Le chant des cygnes.
Immersion dans la plus ancienne forêt primaire d’Europe menacée par les promoteurs du gouvernement polonais. Des activistes écologiques mènent la résistance.

Artus de Laviléon
La Chambrehttp://artusdelavilleon.com/livre/la-chambre/
Maryse - http://artusdelavilleon.com/livre/souviens-toi-de-maryse-lucas-2/
Quotidien - https://www.instagram.com/artus_de_lavilleon/?hl=fr



Fatoumata Diabatéhttp://fatoumatadiabate.com/
Trois séries: Caméléon (autoportraits) - Sutigi, La nuit nous appartient - L’homme en objet

Yves Trémorin - http://ddab.org/fr/oeuvres/TREMORIN
Séries We Others.