Invités d’honneur




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André Lejarre.
Le sentiment du monde



Etre photographe au milieu du monde, s’asseoir au milieu des gens, regarder, attendre, respirer le même oxygène, écouter les mêmes sons, parler, se taire, retenir sa respiration. Peut-être le photographe tente-t-il de retarder le vieillissement du monde ?
Le temps semble s’arrêter.
Mais la vie continue, tout simplement, regards, gestes, sueurs, salive, la vie comme elle va, comme un chant, une douleur ou un éclat de rire, ensemble.
Vivre, simplement vivre. Nous vivons comme nous pouvons, nous photographions comme nous pouvons.
Je présente quelques images qui ont traversé ma vie, depuis celles de Pauvre France, en 88, images réalisées dans des familles aidées par le Secours Populaire Français, celles du foyer d’immigrés de la porte des Lilas, en 85, où j’ai accompagné un groupe de maliens constitué en coopérative pour préparer son retour au Mali (La coopérative fait vivre encore aujourd’hui le village de Lanimodi), celles prises à Belleville en 93, le quartier de Paris où je vis, celles prises dans le Pays minier (qui ne l’est plus), autour de Lens, en 2000, et enfin les photographies prises dans le village africain où j’ai posé mon sac, pendant plus de 20 ans, jusqu’en 2005, et où j’ai pu rêver à (partager) la beauté du monde.



Bruno Fert.
REFUGE, dans l’intimité de l’exil



Pourquoi montrer des photographies d’intérieurs pour parler de l’exil ? Parce qu’habiter est ce que nous avons tous en commun. Que nous soyons nomades ou sédentaires, nous habitons tous. C’est à partir de ce point commun que je veux amener le public à se mettre à la place de l’autre en observant son lieu de vie.
Ces intérieurs dessinent l’univers mental de ceux qui sont sur la route : leurs aspirations, leurs personnalités. Ils ne sont plus des migrants, mais ils sont Marwa ou Ali, un jeune adulte à peine sorti de l’enfance, un artiste ou les parents d’un nouveau né. Devant l’objectif, les “migrants” ou “réfugiés” – termes génériques qui nous font perdre de vue leur identité – ne sont plus des silhouettes marchant dans la boue, mais des femmes et des hommes… Surtout, ces images disent l’étonnante capacité de l’humain à habiter le lieu où il vit ”.