Tables rondes

Soutenue par la SCAM
en partenariat avec HANS LUCAS



POUVOIRS DE L’IMAGE, ROLE DU DOCUMENT :
REGARD DOCUMENTAIRE ET PHOTOJOURNALISME,
sous le signe de l’altérité et de l’engagement.


VENDREDI 5 JUILLET
10 H - 12 H 30

Documentaire et photojournalisme sont des pratiques proches. Toutes deux vouées à s’emparer du Réel, elles ont en commun une quête de la représentation des événements qui marquent nos vies. Elles diffèrent pourtant dans l’intention et la transmission, comme dans leur articulation
au temps et à l’Histoire.

Et si cette différence tenait aux récits que l’on construit et aux liens que l’on crée avec son sujet et le monde ? A la réception de ces images, aux lieux et supports qui les accueillent ? Au mode d’échange que l’on instaure avec ces images ? A ce qu’en font la postérité mais aussi les publics ?

Entre représentation et réinvention du réel, documentaire et photojournalisme seront au centre des échanges de cette table ronde laquelle, au-delà des constats, souhaite explorer des modes d’usage de ces pratiques et leur mise en récit au service à la fois de la compréhension du monde mais aussi de sa transformation.

Avec
Ulrich Lebeuf, photographe,
Edouard Elias, photographe,
Jacques Graf, photographe, membre de la commission Images Fixes de la Scam, co-fondateur de l’association Divergence Images

Jean Kempf, historien de la photographie, professeur à l’université Lumière-Lyon2,
Christian Perrot pour l’Autre Quotidien,
Wilfrid Estève pour le studio Hans Lucas.

Animée par Sophie Artaud, chargée du développement culturel de Photo Doc.,
réalisatrice, formatrice aux Gobelins
et Charlotte Flossaut, fondatrice de Photo Doc.





POUVOIRS DE L’IMAGE, ROLE DU DOCUMENT :
REGARD DOCUMENTAIRE ET PHOTOJOURNALISME,
sous le signe de l’altérité et de l’engagement.



REFLEXIONS POUR UNE TABLE RONDE A VENIR…

A l’issue de notre journée d’échanges en mai dernier à la MEP, consacrée aux collaborations entre chercheurs et photographie documentaire, et plus largement entre Arts et Sciences, nous avons pu constater la nécessité à la fois de nous interroger sur la valeur et l’impact de nos pratiques de l’image, et de pouvoir le faire librement, sans établir de hiérarchie dans le partage.

Quel réel construisons-nous ensemble à partir de nos images et quelle conscience avons-nous de ce pouvoir ? En quoi la photographie documentaire diffère-t-elle des autres, et en particulier, de la photo de presse ? Une mise en scène invalide-telle l’authenticité d’une image ? Sa dimension esthétique contrevient-elle à sa portée documentaire ? Ces questions-là, nous avons cette année décidé de les poser avec vous, avec la plus grande curiosité possible pour notre monde tel qu’il va, se fragmente, s’agrège, se débat.

Un monde où les images s’ajoutent les unes aux autres dans une économie démonétisée, où chacun peut s’improviser éditeur et émetteur, tant l’état actuel de la technique en offre la vertigineuse possibilité. Et simultanément, sans que nous ayons encore eu le temps de comprendre ni même, mesurer cette révolution dans nos représentations collectives et dans ses dimensions multiples :  artistique, politique, anthropologique.   

Cette question de la représentation du monde, de sa réinvention et de sa transformation sous le prisme du regard documentaire est au cœur de l’activité de Photo Doc., en raison de son importance et de son urgence. En explorant à la fois l’interaction qui s’instaure entre le photographe et son sujet, en elle-même créatrice d’une mise au monde, et la responsabilité du public dans la réception de ces images - sa responsabilité et sa capacité à en user et à les transformer à nourrir un libre arbitre, dans un engagement individuel et collectif, symétrique à celui de la prise d’image.

Dans un entretien récent donné au journal Le Monde, Susan Meiselas affirmait que les photographies « sont des fenêtres et qu’elles ont besoin de maisons pour les abriter, pas forcément des châteaux. (…) il faut absolument construire autour d’elles. (…) Il faut créer un espace pour une photo. Celui-ci peut être physique, nous avons parlé de magazines, de musées ou de rues - L’espace public ne peut pas être uniquement abandonné à la publicité mais il doit pouvoir permettre d’autres formes d’expression. »

Le travail de Susan Meiselas, déployée entre photo de presse sur des terrains de conflit et images documentant la scène sociale de son temps, semble témoigner d’un continuum assez fluide entre deux pratiques photographiques dont les lieux et mediums de restitution qualifient largement la réception et la valeur.

Ce qui nous motive est cette affirmation politique, disruptive et généreuse, ce don d’ubiquité voulu et revendiqué pour une photographie de partage, de combat et de révolution commune. De la mise en récit mise sur le même plan que les images, à l’exploration du pouvoir de rendre historique et réel l’événement, le fait invisible jusqu’ici, se dessine une conception novatrice décloisonnant les genres au profit d’un progrès de notre humanité comme de notre savoir.

Quels espaces et quels supports physiques pour nos images ? Pas de « châteaux », mais des lieux permettant « d’autres formes d’expression ». Et en particulier, une écriture de soi par le biais de la photographie, en écho de mémoire, de récits, d’expérience. A l’aide d’un medium qui stimule et engramme nos inconscients, comme une « fenêtre », en effet, autour de laquelle construire, ouverte non plus seulement sur le monde, mais sur ce que nous voulons en faire !

Photo Doc. vous invite à partager deux heures de débat et de retours d’expériences de professionnels confirmés, mais restant en questionnement sur leurs engagements respectifs. Editeurs et producteurs d’images qu’ils mettent en récit, toutes et tous oscillent entre le temps documentaire et l’instant du journalisme, entre le cadre indiciel d’une seconde de vérité et la puissance d’un hors-champ au service du sens et de la compréhension.

Tenter de comprendre ce qui nous arrive, et revenir tels des Ulysses incertains ramenant dans leurs filets une part universelle de nous-mêmes et d’un réel qui nous ressemble et nous représente, enfin ! Telle sera notre feuille de route.



      Sophie Artaud pour Photo Doc.















Je refuse l’étiquette de “photojournalisme”, qui tend à enfermer 

un travail dans une catégorie donnée. Ce projet n’était pas

le fruit d’une commande, mené en vue d’une publication

spécifique : il a par contre été montré plus tard dans des

publications. La distinction est capitale. Ces photos ont été

exposées sur des murs avant d’être reproduites dans la

presse ou dans un livre. Ces femmes m’ont d’abord ouvert

leur intimité puis, par la suite, le livre a porté à l’attention

du public ce monde caché et complexe que j’ai cherché

à faire partager de l’intérieur. »


Susan Meiselas, « Strip-tease forain »,
dans En première ligne, Paris, Xavier Barral, 2017, p.22-27.













7 mai 2019, Paris
à la Maison Européenne de la Photographie






5 novembre 2018, Paris
à la Mairie du Vème arrondissement








5 juillet 2018, Arles
à l’espace Hans Lucas