
COMMENT SORTIR DE SA « CONDAMNATION MYTHOLOGIQUE » AVEC LA PHOTOGRAPHIE ?
Par Valentin Bardawil avec Christine Delory-Momberger
L'hébreu, plus que toute langue, est propre à chanter les récits mythiques qui rendent compte de l'intériorité de l'Homme. Cette intériorité resterait muette si le mythe ne l'exprimait pas.
Annick de Souzenelle
Si les mythes traversent les époques c’est évidemment parce que de génération en génération, ils continuent de résonner dans nos inconscients individuels et collectifs. Qui ne s’est pas vu comme Sisyphe, chaque jour, monter son rocher en haut de la colline et le voir descendre pour recommencer? Mais si les mythes résonnent depuis si longtemps en nous, c’est aussi parce qu’ils nous renvoient à des comportements inextricables et répétitifs, comme Sisyphe avec son rocher, dont nous ne pouvons nous défaire. Une sorte de « condamnation mythologique » à la répétition et à l’enfermement.
L’idée de ce texte est d’identifier ce que j’entends par «condamnation mythologique» dans laquelle nous serions enfermés, mais aussi de voir comment la photographie peut nous permettre de toucher une mythologie personnelle capable d’agir sur une société, elle-même, enfermée dans une condamnation à l’effondrement environnemental et sociétal.
La « Condamnation Mythologique » de Christine Delory-Momberger
Une des premières paroles que j’ai entendue de la chercheuse et photographe, Christine Delory-Momberger, après notre rencontre autour de la sortie de son triptyque photographique EXILS/REMINISCENCES[1], portait sur son rapport à l’exil : «je suis une exilée à vie» m’a-t-elle dit.
Au fil de nos échanges, j’allais découvrir que l’exil pour elle, faisait référence à un pays, l’Allemagne, où elle était partie s’installer à ses 19 ans, où elle se maria et eut un enfant, mais il était aussi une manière d’«Être au monde», liée à une transmission maternelle, ou plutôt une non-transmission de son histoire familiale, puisque sa mère refusait de lui donner les clés d’un passé malgré ses multiples demandes. Et si pour Christine, la thérapie et l’instauration puis le développement en France d’un courant de recherche novateur autour des Histoires de vie : Le paradigme du Biographique ne changera rien au silence de sa mère, c’est par la photographie que la chercheuse, devenue photographe, cassera la condamnation maternelle à la non-transmission d’un passé…
Comme nous l’avons déjà raconté dans notre ouvrage Le Pouvoir de l’intime dans la photographie documentaire[2], et dans bien des conférences par la suite, c’est à partir d’un «accident photographique» qu’en 2002 la «jeune» photographe va déjouer l’injonction maternelle au silence et trouver la porte d’entrée à son histoire familiale. En effet c’est en tentant de mettre la main sur une loupe pour trouver un indice qui lui aurait échappé sur une des rares petites photos de famille en sa possession que la chercheuse aura l’idée de mettre un objectif macro sur son appareil photographique. Et c’est pour immortaliser l’émotion qu’elle aura en voyant apparaitre, dans l’œilleton de son appareil, les gros plans de sa petite photo crantée, que naitront les sept premières images de ce qu’elle appellera par la suite sa «fouille photographique».
Mais avant de mettre en pratique son geste de fouille et d’entamer un véritable travail photographique qui durera plus d’une dizaine d’années, Christine n’a à sa disposition que ces sept images de la petite photo crantée. Ce sont ces images légèrement floutées, qu’elle montrera un jour à sa mère, qui prise sans doute, elle-aussi, par une émotion en les voyant, révélera le nom du cousin Joseph et lui tendra le passeport de son grand-père. Par la suite, Christine rencontrera ce fameux «cousin Joseph» et c’est par lui qu’elle obtiendra l’enveloppe contenant les papiers administratifs que sa mère sur le point de se marier lui avait laissés en dépôt quelques décennies auparavant.
C’est donc bien une émotion partagée devant une série photographique qui libère la parole d’une mère jusque-là mutique et permet à Christine d’avoir les éléments concrets pour entreprendre des recherches sur une histoire de migration s’étendant sur quatre générations. Ce sont ces quelques images qui lui permettent d’exhumer de l’oubli ses «petits fantômes», les cinq frères et sœurs de sa mère morts en bas âge sur les chemins de l’exil dont personne n’avait la connaissance.
Mais ce «pouvoir» que porte la photographie, Christine n’en est pas encore consciente quand nous nous rencontrons. Et c’est justement l’objet de notre rencontre. Lors de notre première soirée passée ensemble, j’entends immédiatement dans ce qu’elle appelle ses «bégaiements», les bribes d’un récit caché derrière la création de son triptyque. Cela faisait un moment qu’avec Charlotte Flossaut, la co-fondatrice de Photo Doc, nous traquions chez les photographes ces paroles que tout le monde considérait comme des anecdotes, mais avec Christine qui a l’exigence d’une chercheuse cela allait devenir un livre et des concepts. Notre premier ouvrage Le Pouvoir de l’intime dans la photographie documentaire allait naitre et avec lui le principe de l’Enquête Intérieure qui n’est autre qu’un récit rétrospectif mettant en lien les synchronicités, les révélations et les effets transformateurs de la photographie durant un temps de création.
Parce que si, comme le dit le photographe Jean-François Spricigo, « ÇA crée est le seul sacré que je reconnaisse »[3], et cela n’est pas discutable, Christine et moi prétendons, depuis notre collaboration active commencée en 2019, que nous pouvons mettre en lien et faire le récit rétrospectif de chacun de ces «moments sacrés» où «ça-a-créé» et que ce récit sensible que nous appelons l’Enquête Intérieure aurait la propriété de révéler la part du Créateur caché chez le photographe.
Il me semble important de mettre en relation notre «ça-a-créé» avec le noème de Barthes «ça-a-été». Car en 2026, année où j’écris ce texte, cinquante ans séparent exactement la première évocation de La fin de l’histoire par un jeune politologue nommé Fukuyama et l’apparition de Photoshop que Joan Fontcuberta[4] met en relation pour annoncer «un nouvel ordre visuel» marquant la «mort de la photographie et la fin de son histoire en termes fukuyamiens». Et si pour Fontcuberta, «les fastes commémoratifs» des cent cinquante ans de la photographie en 1989 ne cachaient rien d’autre que l’avènement de la post-photographie et sa consécration comme «artifice et non plus comme émanation du réel», cette année 2026, où l’on fête le bicentenaire de la photographie me semble ouvrir une nouvelle ère.
Avec notre Enquête Intérieure et la reconnaissance du Créateur au-delà du photographe, ne sommes-nous pas en train d’établir un nouveau lien entre le réel et la photographie? Certes sensible, fragile, mais finalement beaucoup moins illusoire que les tentatives de vérité et de représentation du réel trop lourdes pour les petites épaules de la photographie. Un lien que pourrait établir la photographie non plus avec LA VERITE, mais avec LA CREATION?
Arrêtons-nous un justement un instant pour imaginer ce Créateur à l’œuvre caché derrière le photographe et comment il communique avec sa partie humaine perdue dans ses doutes, ses peurs et ses tâtonnements. Revenons sur ce bouleversement que Christine a eu en regardant pour la première fois la petite photo crantée dans l’œilleton de son appareil. Cette émotion n’est-elle pas là pour lui signifier que quelque chose est en train de se jouer qui va définitivement rompre l’ordre établi? Pour créer une rupture dans l’histoire tracée par sa mère? N’est-ce pas un tremblement intérieur qui lui signifie qu’un acte de création est à l’œuvre et que son histoire de vie ne s’écrira jamais plus comme avant?…
«Établir, fonder quelque chose qui n'existait pas encore» c’est bien l’objet de la création me direz-vous, de ce côté-là rien de nouveau. En revanche la véritable nouveauté que nous amenons est de pouvoir identifier et faire le récit de tous ces quelques choses qui n’existaient pas encore. Voilà exactement l’objet de notre Enquête Intérieure : relier et mettre en lumière des effets de création qui restaient jusque-là invisibles ou au mieux des anecdotes qu’on se racontait dans les diners comme des curiosités. Et ne sous-estimons pas la portée de cet acte subversif de mise en conscience de ces actes de création, l’écriture de la première Enquête Intérieure de Christine dans Le Pouvoir de l’intime dans la photographie documentaire la conduira à trouver sa langue. Cette langue, comme elle dit, qui : «a la force de ce qui la dépasse et la fragilité de ses manques, elle porte en elle les temps confondus d’une histoire qui est une parmi d’autres, elle est la langue de la survivance. Elle est ma langue.»[5] Et trouver une langue du sensible pour une chercheuse-écrivaine qui a déjà quelques livres importants à son actif n’est pas une découverte anodine.
Le Photobiographique : Un nouveau paradigme
Mais ce que nous ne savions pas encore en écrivant Le Pouvoir de l’intime dans la photographie documentaire et en célébrant la naissance de l’Enquête Intérieure sur la période de création de sa série EXILS/REMINISCENCES, c’est que nous ne franchissions que la première étape d’une découverte qui allait être bien plus importante encore.
La deuxième étape décisive survient, fin 2024, lorsque Christine et moi commençons à nous intéresser au contexte photographique global dans lequel a grandi et évolué le photographe. Quand nous commençons à nous demander si ses parents faisaient de la photo ? D’où lui vient son premier appareil ? Qui lui a transmis ? Quand nous découvrons qu’il y a toujours des liens intimes entre les sujets auxquels le photographe s’intéresse et son histoire personnelle. C’est à ce moment-là que nous prenons conscience qu’il est possible d’étendre l’Enquête Intérieure, non plus à une période de création définie mais à l’ensemble de la vie du photographe. C’est là que nous découvrons qu’il y a en chaque photographe une «histoire de vie photographique» qui peut être vue sous un angle créatif et cela avant même l’arrivé de l’appareil photographique dans sa vie. Nous nommons cela le «photobiographique».
Quand Jean-François Spricigo évoque dans sa conférence du 10 avril 2026[6] au 104, son père qui lui transmet son premier appareil photographique alors qu’il est encore enfant, ou la découverte des années plus tard des amorces «ratées» sur ses planches contacts qui l’inspireront pour trouver son écriture photographique alors qu’il est devenu étudiant en Art, tout cela est une matière à l’écriture d’un récit structuré sur lequel le photographe peut s’appuyer. Un récit qui certes peut évoluer, comme la mémoire, mais un récit qui a chacune de ses étapes possède sa logique propre et informe le photographe sur la part de lui-même qui est «en création», un récit qui va lui permettre de déjouer certaines des « programmations » auxquelles il est «condamné».
Le photographe touche alors, en conscience, à une dimension qu’il portait jusque-là sans le savoir qui est de l’ordre du Sacré et de l’Universel. «Être photographe» n’est plus «seulement» un acte de production d’œuvres mais un acte politique de création et de transformation de soi et du monde par la photographie touchant à la mythologie personnelle du photographe, donc à la mythologie collective et donc émancipateur pour tous. C’est ce que nous appelons un acte de «démocratie sensible», un terme emprunté à Michael Fœssel dans son livre La privation de l’intime[7]. Voilà l’ambition politique qui nous anime quand Christine et moi lançons La communauté photographique de l’Intime[8] en 2025.
Sortir de sa « condamnation mythologique » : un acte politique émancipateur
L’intime est politique et nous avons écrit dans notre premier livre qu’il se place «à un niveau de communication entre les êtres, en dehors de toute instrumentalisation et normalisation des rapports sociaux, dans un échange de ce qui leur échappe et les relie tout à la fois dans la sphère du sensible. Pris sous cet angle, l’intime revêt une dimension politique et devient un espace de reconnaissance mutuelle et le lieu d’une altérité partagée où, tout à la fois, l’autre est ce que l’on est et ce que l’on n’est pas.»[9]
C’est en travaillant avec Christine sur sa «condamnation mythologique» que je prends réellement conscience de la mienne. Et dès notre deuxième livre Insurrection créatrice et photographie documentaire[10] paru la même année, j’aborde moi-aussi, en miroir, le désir de non-transmission de mon père dont je prends la mesure, malgré le fait qu’il ait toujours été très clair avec moi et m’ait répété comme un mantra qu’il ne me «laisserait rien afin que la joie d’hériter ne me gâche pas la peine que j’aurais à sa mort.»
Voilà donc ma condamnation à moi-aussi clairement établie : un refus de transmission. Mais vu l’état du monde dont on hérite, j’ai l’impression que nous sommes tous dans le même bateau ou la même arche comme dirait Noé, obligés de nous transcender afin de dépasser l’impasse existentielle dans laquelle nous nous trouvons collectivement…
Mais revenons à mon cas personnel et aux motivations profondes qui me poussent à m’engager pleinement aux côtés de Christine depuis 2019, juste quelques mois après la mort de mon père. Chaque découverte que nous faisons sur sa relation à la photographie éclaire en moi les méandres de ma propre histoire photographique, et pas à pas, moi-aussi, j’apprends à me libérer de la condamnation de mon père à la non-transmission. Si j’ai déjà décrit tout cela très précisément dans un auto-entretien publié sous la forme d’un Zoom du mois[11] en février 2024, je voudrais revenir sur une étape essentielle : ma rencontre avec Charlotte Flossaut avec qui je fonde Photo Doc en 2015. Quand nous nous rencontrons je n’ai aucun goût, ni intérêt particulier pour la photographie, mon père a clos depuis longtemps son histoire avec elle et cette période de mon enfance durant laquelle il a ouvert la première galerie de photos à Paris dans un lieu chargé d’histoire, qui le relie presque aux origines de la photographie, fait partie de vieux souvenirs poussiéreux. Je me moque de savoir que son entrée en fanfares dans ce monde date de l’époque où ma mère était enceinte de moi. Je n’attache aucune importance au fait que ce soit mon oncle, Walter Carone, un célèbre photoreporter qui a dirigé la rédaction photo de Paris-Match, qui propose à mon père de créer le journal PHOTO et que mon père qui s’était juré de ne jamais être journaliste rompt son serment pour l’accompagner uniquement parce qu’il a la nécessité de nourrir son enfant qui va naitre…
Et pourtant, en découvrant cela, ne suis-je pas en droit de me demander si ce n’est pas en partie à cause (ou grâce?) à moi que mon père rompt le serment qu’il s’était fait de ne JAMAIS être journaliste? Et en entrant complétement «par hasard» dans la photographie au milieu de ma vie, ne dois-je pas me demander si je suis en train de suivre une «transmission photographique» qu’il me refuse, ou plutôt de revenir sur les traces laissées par le Créateur qui était en moi avant ma naissance et qui posait déjà les clés de ce qui allait lui permettre de déjouer plus tard sa «condamnation mythologique»?
Parce que si mon père a réalisé sa prophétie et que malgré la quantité impressionnante de photographies iconiques qui lui sont passées entre les mains, il ne m’a presque rien laissé à sa mort, parmi elles figure une exception, une photographie que Doisneau lui avait offerte et qui était trop personnelle pour qu’il ait pu s’en débrasser. Sur cette photo se trouve une mouche sur un fond blanc, sous laquelle il est écrit par le photographe «La mouche est encore superflue pour un dépouillement très pur. À Georges Bardawil en toute amitié…»
Par le plus grand des «hasards», cette presque unique photo qu’il me laisse fait écho à une autre photo dédicacée que j’ai du photographe. Elle date du jour où Doisneau montre son dernier livre à mon père qu’il va ouvrir sur une photo de moi, faite dans ma cour d’école quelques temps auparavant. Doisneau l’avait prise sans savoir bien sûr qui j’étais et devant ce «hasard» incroyable, il m’a offert un tirage.
Après tous ces liens que la photographie de Doisneau avait créés entre nous, voilà qu’il y a trois ans, ma fille est entrée au Collège Robert Doisneau pour faire sa scolarité au milieu des photos du photographe, accrochées sur les murs de son école. Évidemment là-aussi totalement «par hasard», un collège du quartier… Nous sommes maintenant trois générations à avoir un lien avec le photographe, ce qui me permet d’affirmer, aujourd’hui, que Robert Doisneau et sa photographie m’ont permis de devenir un vecteur de transmission intergénérationnelle et que ma «condamnation mythologique» à la non-transmission est terminée.
Voilà un exemple concret de cette relation que la photographie établie avec le territoire et le genre de révélations que permet l’Enquête Intérieure. Et si je peux évidemment enrichir sans fin mon récit, chaque agencement est décisif.
En ces temps anthropocèniques qui marquent «un écosystème entré dans sa phase terminal»[12] et l'avènement des hommes comme principale force de changement sur Terre, surpassant les forces géophysiques, il me semble essentiel, d’instaurer un dialogue entre notre Moi, pris dans ses limites et sa temporalité, et notre partie Créatrice déjouant nos condamnations et touchant à l’Universel. Il est fondamental que l’Ivo Livi qui se loge en nous, le petit Italien qui s’était inventé un nom de scène en référence à sa mère qui, dans un mélange d’italien et de français, l’appelait du haut de sa colline : "Ivo, monta", puisse reconnaitre et dialoguer avec la puissance de Création de l’Yves Montant, icône mondiale que le public admirait et qui faisait des miracles, afin que nous devenions, enfin, des Sujets reliés au vivant et en capacité d’agir face aux défis surhumains qui les attendent.
[1] Christine Delory-Momberger, EXILS-REMINISCENCES, Arnaud Bizalion éditeur, 2019.
https://arnaudbizalion.fr/fr/today-photography/87-exils-reminiscences-christine-delory-momberger-9782369801733.html
[2] Christine Delory-Momberger & Valentin Bardawil, Le Pouvoir de l’intime dans la photographie documentaire, Arnaud Bizalion éditeur, 2020.
https://arnaudbizalion.fr/fr/photographie/107-le-pouvoir-de-l-intime-dans-la-photographie-documentaire-christine-delory-momberger-valentin-bardawil-9782369801931.html
[3] https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=H44eK-1mfM0&t=1s
[4] Joan Fontcuberta, Manifeste pour une post-photographie, Actes Sud, 2022.
[5] Christine Delory-Momberger & Valentin Bardawil, 2020, opus cité, p.69.
[6] https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=H44eK-1mfM0&t=1s
[7] Michaël Foessel, La Privation de l’intime, Seuil, 2008
[8] https://photodocparis.com/la-communaute-de-l-intime
[9] Christine Delory-Momberger & Valentin Bardawil, Opus cité, p.5.
[10] Christine Delory Momberger & Valentin Bardawil, Insurrection créatrice et photographie documentaire, Arnaud Bizalion éditeur, 2020.
https://arnaudbizalion.fr/fr/photographie/122-insurrection-creatrice-et-photographie-documentaire-christine-delory-momberger-valentin-bardawil.html
[11] https://photodocparis.com/zoom-valentin-bardawil
[12] Lama Teundroup au cours d’un colloque à Karma Ling, 2004.